Majma
Échange sur les noms et attributs d'Allah
Cet échange s'est déroulé avec l'auteur du site Majma.
À garder en tête : se demander à chaque message depuis quel cadre la personne s’exprime.
Majma
Ta distinction sur le tafwid est juste, je l'admets. Ce n'est pas une posture intellectuelle parmi d'autres, c'est un principe sur ce qu'on peut dire de la réalité d'Allah.
ProuverAqida
Pour clarifier, c'est un tafwid du comment, pas un tafwid où on va déléguer le sens et on va dire qu'on ne sait absolument pas ce que le mot veut dire, juste pour être sur qu'on parle de la même chose.
Majma
Jazaka Allah khair pour ces précisions, c'est exactement ce que je voulais comprendre. Sur le tafwid, on est d'accord : c'est le comment qui est suspendu, pas le sens. Tu as bien fait d'ajouter cette nuance 👍🙂
ProuverAqida
Quelques choses que je comprends pas dans ta position, c'est que concrètement quand tu lis le Coran, les attributs d'Allah tu les interprètes ? Tu les affirmes ? Tu suspends ?
Majma
Je vais te répondre honnêtement plutôt que de te réciter une école.
Je ne me définis d'aucune. Je suis juste musulman, et je lis le Coran comme quelqu'un qui vit au 21e siècle. Un peu comme si le Prophète (saws) était décédé hier et nous avait laissé le texte tel quel. Les livres anciens me servent beaucoup, mais comme témoignages. Ils me montrent comment les premiers musulmans et les savants ont compris le texte, pas ce que je dois en conclure. Je ne prends la parole de personne pour acquise. Pour la pratique et le fiqh par contre, je suis malékite, c'est un autre registre.
Donc pour te répondre sur les attributs : je me renseigne chez tous ceux qui ont essayé de comprendre, et je suis ce que ma logique trouve le plus probable. Pour istawâ ou « Mes deux mains », c'est la lecture interprétative qui me convainc le plus. Un établissement au sens physique implique un lieu et une direction, et « Rien ne Lui ressemble » me semble être la clé pour lire le reste. Sur ce point je rejoins les ash'aris, mais par le raisonnement, pas par affiliation.
Et je ne suis pas catégorique. Ce que je tiens aujourd'hui, c'est où mon savoir m'a mené aujourd'hui. Je reste ouvert à ce que d'autres lectures soient correctes aussi, y compris la tienne. Ma compréhension est progressive, pas un questionnaire fermé où chaque case a sa réponse définitive. Si demain un argument plus solide me montre autre chose, je bougerai.
Je te retourne la question ? :)
ProuverAqida
Ton dernier paragraphe est tout à ton honneur.
Ma compréhension des noms et attributs est la même que celle des savants comme le cheikh Abd Al-razzaq Al-badr par exemple.
Tu dis : « Un établissement au sens physique implique un lieu et une direction. »
Mais qui a parlé d'un établissement au sens physique ?
Je suis curieux de lire ta réponse.
Majma
C'est exactement là que tout se joue. D'accord, personne ne dit "physique". On affirme l'établissement, réel, sans comment, sans ressemblance. Ma question tient en une ligne : que reste-t-il du mot "établissement" une fois qu'on a retiré le lieu, la direction et le contact ?
Si on garde le sens du mot, on parle de position, donc d'espace. Si on retire tout ça, le mot n'a plus son sens de départ, et il faut en donner un autre. Il n'y a que deux sorties : soit on donne un autre sens (souveraineté, domination), et c'est de l'interprétation, ce que je fais. Soit on dit "sens réel mais inconnu de nous", et c'est du tafwid. Refuser les deux en même temps, c'est affirmer un sens qu'on ne peut pas énoncer. Des lettres, pas un sens.
"Sans comment" répond à la question du comment. Pas à celle du sens.
Alors je te retourne ta question : " Il s'est établi sur le Trône ", en excluant le physique, ça veut dire quoi, en une phrase, avec tes mots ?
J'ai une deuxième question mais moins importante : est ce que tu es arabophone ? Car ça joue aussi énormément sur ta compréhension des racines des mots arabes et les sens.
ProuverAqida
Pour ta question : « que reste-t-il du mot "établissement" une fois qu'on a retiré le lieu, la direction et le contact ? »
Cela veut simplement dire qu'Allah s'est réellement élevé au dessus de Son trone, mais pas d'une manière physique comme dans notre monde.
[Clarification : La réponse aurait dû s'arrêter à "qu'Allah s'est réellement élevé au-dessus de Son trône." sans ajouter "mais pas d'une manière physique comme dans notre monde."]
Mais tu vas me dire que ça ne résout pas le problème.
Et c'est d'ailleurs ça le point et c'est aussi pourquoi ton dilemme ne fonctionne pas.
Tout simplement car tu pars d'une prémisse cachée que notre langage est prisonnier de notre monde matériel, et que pour qu'un mot ait un sens réel, il implique obligatoirement de l'espace et des limites physiques.
C'est pour ça que la discussion mène nulle part, la vraie question qui définit tout c'est est-ce que le sens premier d'un attribut d'Allah implique nécessairement une réalité physique ?
Majma
Non, je ne pense pas que tout mot réel implique de la matière. La science d'Allah, Sa volonté, Sa miséricorde : aucun espace là-dedans, et je les affirme telles quelles, sans interpréter quoi que ce soit. Ma prémisse n'est donc pas "le langage est prisonnier du monde matériel". Elle est plus étroite, dans le sens que des mots de position ont un sens de position. "Au-dessus", "établi sur", ce sont des relations de lieu, c'est leur fonction dans la langue, en arabe comme en français. Ce n'est pas un préjugé philosophique, c'est de la grammaire.
Maintenant regarde ta propre phrase : "réellement élevé au-dessus de Son trône, mais pas d'une manière physique". Tout le travail est fait par la fin. "Pas d'une manière physique" retire exactement ce que "au-dessus" affirme d'habitude. Alors que reste-t-il ?
Si ce qui reste est une élévation de rang, de majesté, de souveraineté, alors bienvenue, c'est l'interprétation, tu viens de la faire, tu refuses seulement le mot. Si ce qui reste est une élévation de position sans position, c'est une phrase que ni toi ni moi ne pouvons penser. Et si ta réponse est "c'est réel mais je ne peux pas dire quoi ", c'est confier le sens à Allah, la deuxième sortie. Le dilemme n'est pas dissous par la prémisse cachée : ta réponse vient de choisir une des sorties, elle hésite juste sur laquelle.
Pour ta vraie question, "est-ce que le sens premier d'un attribut implique nécessairement une réalité physique" : ça dépend de l'attribut. La science, non. L'istiwâ, oui, parce que l'un est un mot de position et l'autre pas. C'est exactement pour ça que j'affirme l'une sans interpréter, et pas l'autre.
Au fond on est d'accord sur le réel et sur la transcendance. On diverge sur une seule chose : garder le mot en retirant sa position, est-ce encore "affirmer le sens apparent" ? Moi je dis que non. Et si c'est ici que la discussion touche ses prémisses, ce n'est pas un échec. C'est ce que j'appelais rester ouvert.
ProuverAqida
Tu me dis clairement : "pour l'istiwâ, c'est oui, mais pas pour la science" Mais est-ce que tu comprends au fond pourquoi tu fais cette distinction ?
Tu dis "Ce n'est pas un préjugé philosophique, c'est de la grammaire." Tu dis "Alors que reste-t-il ?" Tu dis "c'est l'interprétation, tu viens de la faire, tu refuses seulement le mot"
Bref, tout ce que tu dis, c'est valide uniquement dans ton cadre.
Tout ça, tout ton paradigme, c'est parce que tu penses que le sens premier de la main d'Allah implique nécessairement une réalité corporelle, et que le sens premier de l'istiwa implique nécessairement une réalité physique et spatiale. Et là, si tu as bien compris ce que je veux dire, c'est que tu ne peux pas me répondre "non c'est de la grammaire". Si tu réponds ça, ça veut dire que tu ne comprends pas que c'est une réponse valable seulement en interne.
Il faut distinguer :
- La position des Gens du Kalam d'après eux-mêmes
- La position des Gens du Kalam vue par les Gens de la Sunnah
- La position des Gens de la Sunnah d'après eux-mêmes
- La position des Gens de la Sunnah vue par les Gens du Kalam
Toi tu fais une critique dans le cadre 4.
Ce que je te dis, c'est que cette critique est valide uniquement dans son cadre.
Donc la question que je te pose, car c'est elle qui tranche, c'est : le sens premier de la main d'Allah implique-t-il nécessairement une réalité corporelle ?
Et ça, c'est une question de choix. Le Oui ou le Non, c'est ça qui va décider dans quel cadre tu choisis de te trouver.
La justification qui vient après, quand elle est interne, a peu de valeur pour convaincre étant donné que tu t'exprimes avec des règles qui te sont propres.
Ce qui compte c'est la plausibilité que le Oui ou le Non soit correct sans invoquer des règles qui ne sont pas partagées.
Je ne considère pas comme plausible qu'Allah ait choisi pour Se décrire des mots dont le sens apparent mène à l'anthropomorphisme, nous obligeant ensuite à les détourner de ce sens afin d'éviter de Le faire ressembler aux créatures.
Même si tu n'es ni Ashari ni Chiite, le fait que l'adoption de preuves de Dieu ou de concepts philosophiques les mène à interpréter les attributs d'Allah en fonction de ces croyances, ça baisse encore la plausibilité que la réponse Oui soit correcte.
Et oui, ça te concerne indirectement car même si ce n'est pas ce que tu fais, les plus grands paradigmes qui partagent ton point de vue font cela.
Bien sûr ça dépend de ce que tu valorises dans la plausibilité.
Si tu donnes un poids de plausibilité très faible à ce que je dis c'est ton choix, si tu considères que quand Allah dans le Coran dit d'utiliser la raison ça veut dire d'embarquer toutes ces règles c'est aussi un choix.
Pour que tu comprennes davantage :
Quelle religion est correcte ? Quand j'explique à un non-musulman pourquoi sa position n'est pas du tout plausible mais plutôt proche du possible et qu'il refuse, c'est souvent car il y a d'autres choses cachées derrière qu'il ne formule pas.
Qui a raison parmi les musulmans ? Ici c'est pareil, quand j'explique pourquoi je ne considère pas comme plausible ta position ou celle des gens du kalam alors que oui vous avez vos justifications, c'est simplement car je considère vos justifications également plus proches du possible que du plausible. Et si tu n'es pas d'accord, c'est exactement ici que se trouve la discussion si tu veux continuer, et non pas sur ce que dit la grammaire arabe car ce n'est pas ça qui tranche.
C'est aussi pour ça que la fitra est aussi importante, car c'est littéralement ce qu'Allah a mis en nous pour trouver la vérité, que ce soit pour trouver l'Islam (le plus important) et pour savoir qui a raison parmi les musulmans.
Donc il reste 3 suites possibles pour notre discussion :
Tu as fait ton choix, j'ai fait mon choix, tu considères qu'on a déjà tout justifié et on s'arrête là pour le moment.
On discute de la plausibilité, je t'ai donné mes arguments principaux, on peut argumenter un peu chacun de notre côté pour voir si les raisons qu'on donne font basculer la plausibilité d'un côté ou de l'autre.
Et cette 3ème voie là, c'est seulement toi qui sais si ça te concerne ou non, personnellement j'évalue la plausibilité de la question que je t'ai posée seulement par cette question, pas par les conséquences de cette question. Si la conséquence de cette question c'est de devoir faire quelque chose qui me gêne énormément, alors c'est pas grave, je ne prends pas cela en compte dans la plausibilité. Mais si par exemple, toi tu ne veux pas répondre "non" à la question car tu te dis que derrière ça t'obligerait à complètement changer toute ta manière de penser, que tu devrais accepter des choses que tu rejettes au fond de toi, alors si tu donnes beaucoup d'importance aux conséquences de la question plus qu'à la question elle-même, c'est surtout le fait de discuter des points qui te gênent en profondeur qui compte si c'est ton cas.
Majma
Il y a une chose qu'on s'est laissée imposer tous les deux depuis le début, et c'est le français. Quand on discute "la main" ou "il s'est établi", on raisonne sur des mots français, et le français a déjà tranché avant nous. "Main", en français, c'est d'abord le membre, presque uniquement. Alors forcément la question devient : "affirme-t-on le membre, ou le détourne-t-on en pouvoir ?" Mais cette question naît de la traduction, pas du texte.
En arabe, yad ne fonctionne pas comme ça. De sa racine, le mot porte un faisceau de sens, et plusieurs ne sont pas corporels du tout : le pouvoir, la faveur, la générosité, le soutien, la possession, le pacte. Quand on dit qu'une chose est bayna yaday quelqu'un, "entre ses deux mains", personne n'imagine des mains, ça veut dire en son pouvoir, à sa disposition. Ces sens ne sont pas des métaphores qu'on plaque après coup sur un sens premier corporel. Ce sont des sens propres du mot, disponibles dès l'origine, à égalité. Istawâ pareil : selon sa racine et son contexte, il dit l'établissement, mais aussi l'achèvement, l'égalité, la maîtrise, une chose portée à son terme.
Ça change tout notre malentendu. Toi tu me disais : "tu affirmes un sens réel non corporel, donc tu interprètes, tu détournes le mot." Mais je ne détourne rien. Je ne prends pas un sens premier corporel pour le tordre en pouvoir. Je choisis, parmi les sens que le mot arabe possède réellement, celui que le contexte rend juste, exactement comme un arabophone le fait pour n'importe quel mot de sa langue à chaque phrase. En arabe, choisir un sens selon le contexte, ce n'est pas trahir le mot, c'est le lire.
Et ta question de plausibilité se dissout là-dedans. Tu disais : il n'est pas plausible qu'Allah emploie des mots au sens apparent trompeur qu'il faille ensuite détourner. Mais Il n'a rien fait détourner. Le mot yad n'a pas de "sens apparent unique" qui serait le corps et qu'on trahirait. Ce sens apparent unique, c'est le français qui le fabrique. Allah a employé un mot arabe, riche, dont plusieurs sens conviennent à Sa transcendance sans qu'on touche à rien. Le seul endroit où le problème que tu décris existe, c'est dans la traduction.
Ma position n'est donc pas "j'interprète pour éviter l'anthropomorphisme". Elle est plus simple, et elle ne demande aucune règle extérieure : je lis un mot arabe en arabe, avec toute l'étendue de sens que sa racine lui donne, et je laisse le contexte trancher, comme le fait la langue. Ce n'est pas de la philosophie. C'est de la lecture.
Et c'est là ma question, la vraie : est-ce que tu es conscient que lorsque tu lis le Coran en français, tu lis déjà une interprétation ? Pas le texte, mais un choix qu'un traducteur a fait à ta place, parmi plusieurs sens possibles, et qui t'arrive déjà tranché. Quand tu dis « le sens apparent de la main », le sens apparent de quel mot, l'arabe ou le français ? Parce que ce ne sont pas les mêmes.
Si tu veux qu'on continue, arrêtons de discuter des mots dans l'abstrait. Prenons un ou plusieurs versets précis, en arabe, et faisons l'analyse ensemble, racine par racine, contexte compris. C'est là qu'on verra vraiment si nos lectures divergent, ou si c'est seulement la traduction qui nous faisait croire qu'elles divergeaient.
ProuverAqida
Oui, bayna yaday veut dire « devant, à disposition », personne n'y voit deux mains.
Oui, une traduction est déjà un choix, c'est d'ailleurs pour ça qu'une traduction du Coran est souvent considérée comme un tafsir.
Et oui, d'accord pour dire yad et istawa plutôt que « main » et « établi » pour la suite.
Personne ne conteste qu'un mot arabe porte plusieurs sens, mais plusieurs sens ne veut pas dire des sens égaux.
Dis le mot yad tout seul, sans phrase autour, à un arabophone du 2ème siècle ou d'aujourd'hui, il va penser au membre.
Les autres sens sont portés par le contexte.
Mais regarde, admettons ta version, partons du principe que tous les sens sont disponibles « dès l'origine, à égalité », comme tu dis.
S'il n'y a pas de sens premier au mot et qu'ils sont tous « dès l'origine, à égalité », alors à chaque verset il te faut quelque chose pour trancher entre eux.
Donc avec quoi tranches-tu ?
Tu as déjà répondu : « je laisse le contexte trancher, comme le fait la langue. »
Si je te dis « un lion brandissait son épée sur le champ de bataille », tu comprends immédiatement un homme courageux.
Pourquoi ? Pas grâce à la grammaire. Parce que tu connais les lions. Tu sais qu'un lion réel ne tient pas d'épée.
C'est ta connaissance de la réalité de la chose qui permet au contexte de trancher.
Le contexte ne tranche jamais seul, il tranche avec ce que tu sais déjà du sujet dont on parle.
Et voilà le problème, quand le sujet c'est Allah, ce savoir là, tu ne l'as pas.
Pour écarter un sens quand on parle d'Allah, il faut savoir positivement que ce sens est impossible pour Lui.
Les Asharis et les Chiites ont leur preuve de Dieu, cette preuve leur donne une définition d'Allah, et c'est avec elle qu'ils tranchent les versets.
Donc ma question c'est est-ce que toi aussi tu as une preuve de Dieu qui te donne la réalité d'Allah ?
Si oui, explique la moi.
Si non, avec quoi tranches-tu ?
Si ta réponse c'est « Rien ne Lui ressemble », ce verset nie la ressemblance, il ne sélectionne pas les sens.
Pour que « Rien ne Lui ressemble » écarte le sens du membre, il faut d'abord juger que ce sens-là implique la ressemblance avec les créatures.
Et juger ça, c'est déjà répondre Oui à ma question de départ.
Et pour ta proposition d'analyser des versets en arabe, oui, avec plaisir, mais après ta réponse.
Parce qu'à chaque verset, le sens que tu vas choisir dépendra directement de ta réponse à ma question.
Moi, pour affirmer ce que le texte dit, je n'ai pas besoin de connaître la réalité d'Allah, je suis le texte. Il affirme, j'affirme. Il nie, je nie.
Toi, pour écarter un sens, tu dois savoir qu'il est impossible pour Allah.
D'où te vient ce savoir ?
Majma
Avant de continuer, une précision sur ta question, parce qu'elle contient un mot que je n'accepte pas tel quel. Preuve.
Je ne crois pas qu'on prouve Dieu au sens strict. On donne des arguments, des signes qui inclinent. Une preuve, c'est ce qui contraint celui qui la voit. Et même ça n'a jamais suffi. Les prophètes sont venus avec de vraies preuves, des miracles vus de leurs yeux, et on ne les a pas suivis. Le Coran le dit des gens de Pharaon, qui nièrent les signes « alors que leurs âmes en étaient convaincues ». Donc quand tu me demandes si j'ai une preuve de Dieu qui me donne Sa réalité, ma réponse est que personne n'a ça, pas même les gens du kalâm. Ils appellent preuve une chaîne d'arguments dont chaque maillon se discute. Ce que j'ai, ce sont les signes. La création quand je lève les yeux, et le Coran lui-même, dont la cohérence est pour moi la marque qu'il vient de Dieu.
Et c'est cette cohérence qui répond à ta vraie question, avec quoi je tranche.
Je tranche avec le Coran lui-même, parce que ses versets ne se lisent pas séparément, ils s'imbriquent. Ce n'est pas ma méthode personnelle, c'est ce que le Livre dit de lui-même. « Allah a fait descendre le plus beau des récits, un Livre dont les parties se ressemblent et se répètent ». Et « s'il venait d'un autre qu'Allah, ils y trouveraient beaucoup de contradictions ». Le Coran pose sa propre cohérence comme signe. Une lecture qui fait dire à un verset ce qu'un autre nie est donc une mauvaise lecture, par le critère du Coran lui-même. Il dit aussi « puis c'est à Nous de l'expliquer ». Allah se charge de l'explication de Son Livre, et Il le fait d'abord dans le Livre.
Ce n'est pas une méthode de philosophe, c'est celle du Prophète ﷺ. Quand est descendu « ceux qui croient et ne mêlent pas leur foi d'injustice », les compagnons furent effrayés. Qui d'entre nous n'a jamais été injuste ? Le Prophète leur répondit que l'injustice visée ici est le shirk, en citant un autre verset, « le shirk est une injustice immense ». C'est dans Bukhari. Le sens apparent d'un mot a été précisé par un autre verset, et c'est le Prophète qui a fait ce geste. Tu connais d'ailleurs cette méthode mieux que moi. C'est Ibn Taymiyya qui l'a formulée le premier dans sa Muqaddima fī Uṣūl al-Tafsīr en la déclarant la meilleure méthode d'exégèse, et son élève Ibn Kathīr l'a appliquée à grande échelle. La méthode que j'invoque est celle que ton propre courant tient pour la meilleure.
Et le Coran a même un mot pour ce travail. « Wa rattil al-Qur'āna tartīlā ». On traduit souvent par récite avec soin, mais regarde la racine. Le plus ancien dictionnaire arabe, le Kitāb al-'Ayn, définit al-ratl comme la mise en ordre d'une chose, et l'image fondatrice, reprise partout, c'est la denture rattal, des dents séparées, régulières, avec des intervalles fins entre chacune, sur un alignement ordonné. Séparer en unités distinctes et bien les agencer, les deux gestes ensemble. Les anciens l'ont lu ainsi. Al-Māwardī recense trois lectures du verset. Rends-le clair, pour Ibn 'Abbās. Explique-le, fassirhu tafsīran, pour Sa'īd ibn Jubayr. Suis son agencement, pour Ibn Baḥr. Et al-Ḍaḥḥāk disait, détache-le morceau par morceau. La racine n'apparaît que deux fois dans le Livre, et la seconde tranche le fond du mot. « Wa rattalnāhu tartīlā », c'est Allah qui se l'attribue, en réponse à ceux qui demandaient pourquoi le Coran n'est pas descendu d'un seul bloc. Allah ne récite pas lentement. Là, le mot désigne la descente par fragments disposés dans un ordre voulu. Voilà le tartīl, des parties distinctes dans un ordre, et la récitation posée en est la forme orale, pas la totalité du sens. Découper le texte, mettre les versets côte à côte, laisser l'un éclairer l'autre, ce n'est pas trahir le Coran.
C'est le verbe même qu'il emploie pour lui-même.
Donc voilà ma réponse complète. Je n'ai pas de preuve de Dieu extérieure au texte, et je n'en cherche pas. Mon critère pour choisir entre les sens que l'arabe donne à yad, c'est le reste du Coran. Je lis yad sous « rien ne Lui ressemble », comme le Prophète a lu l'injustice sous le verset du shirk. Tu me diras que toi aussi tu imbriques, que tu lis « rien ne Lui ressemble » comme portant sur le comment et pas sur le sens. D'accord. Alors nous divergeons sur un seul mot, mithl. Qu'est-ce qui compte comme ressemblance ? Et ça, c'est une question textuelle. La racine est partout dans le Coran. Prenons les versets où elle apparaît, faisons-en le tartīl, et regardons ensemble ce qu'elle couvre. C'est l'analyse que je te proposais, et maintenant on sait exactement quoi chercher.
ProuverAqida
D'accord, ton seul critère c'est le Coran par le Coran.
Regarde ton exemple du Prophète ﷺ. Pour expliquer le mot "injustice", il a cité un verset qui dit explicitement que "le shirk est une injustice immense". Le lien entre les deux mots est écrit dans le texte.
Donc montre-moi le verset qui dit : "affirmer Yad, c'est faire ressembler Allah aux créatures". Il n'existe pas. Ce lien-là, ce n'est pas le texte qui le donne, c'est toi qui le poses.
Et avant que tu me répondes que le pont c'est le verset "Rien ne Lui ressemble", lisons-le en entier : "Rien ne Lui ressemble, et Il est l'Audient, le Voyant."
Le même verset qui nie la ressemblance affirme l'ouïe et la vue dans la même phrase, et ces deux attributs, on les affirme aussi des hommes.
Donc d'après ce verset, affirmer d'Allah un attribut qui se dit aussi des créatures, ce n'est pas Lui ressembler. Sinon le verset se contredirait lui-même.
Alors pour que Yad soit une ressemblance interdite mais pas l'ouïe ni la vue, il te faut une règle qui sépare les deux. Cette règle, elle est écrite où dans le Coran ?
Elle n'y est pas. Cette règle, c'est ton propre jugement.
Et ça, c'est exactement répondre Oui à ma question de départ.
Et c'est ce que je te dis depuis le début, les Asharis font ce jugement avec leur argument philosophique.
Toi tu fais le même jugement, mais tu l'appelles une simple lecture.
Tu peux répondre à ce message par où tu veux, mais tant que la question suivante n'a pas de réponse claire, le reste n'en est pas une : ce jugement, "yad au sens du membre implique un corps", d'où te vient-il ?
Majma
Ton message est fort. Alors je commence par te donner ce qui est juste dedans.
Oui, le lien entre l'injustice et le shirk était écrit. Non, aucun verset ne dit « affirmer yad, c'est ressembler ». Le jugement qui sépare yad de l'ouïe n'est écrit nulle part comme une règle. Je te l'accorde entièrement.
Mais avant d'en conclure que je réponds oui à ta question, applique la même exigence à ta propre règle. « On affirme tout ce qu'Allah affirme de Lui-même, au sens premier, sans le comment. » Cette phrase non plus n'est écrite nulle part. Le verset affirme l'ouïe et la vue. Il ne dit pas « et lisez yad au sens concret par défaut ». Ta règle est un choix de lecture, comme la mienne. Aucun de nous deux n'entre dans le texte les mains vides. La différence, c'est que je nomme ma règle et que tu appelles la tienne « suivre le texte ».
Maintenant ta question, d'où me vient le jugement que yad au sens du membre implique un corps. Du dictionnaire. Un membre, par définition, est une partie d'un corps. Ce n'est pas une règle grecque, c'est le contenu de ce sens-là du mot. Si tu affirmes yad au sens du membre, tu as affirmé une partie. Le sans-comment retire la modalité, il ne retire pas ce que le mot veut dire, parce que être une partie n'est pas un comment, c'est le sens. Et si tu me dis que tu n'affirmes pas le membre, juste une yad qui convient à Sa majesté, on revient à notre premier tour. Une yad en quel sens ? Le membre, et la partie est dedans. Aucun sens saisissable, et c'est le mot sans contenu. La puissance ou la largesse, et bienvenue.
Ensuite ton argument du verset entier. Il est bon, mais regarde les exemples que le verset a choisis. Il ne dit pas « Il a des oreilles et des yeux ». Il dit al-Samīʿ, al-Baṣīr. Celui qui entend, Celui qui voit. Deux noms d'acte, pas deux organes. En arabe, l'ouïe et la vue ne désignent pas des parties du corps, l'oreille et l'œil ont leurs propres mots. Le verset nie la ressemblance puis affirme deux facultés. Alors oui, affirmer d'Allah un attribut qui se dit aussi des hommes n'est pas Lui ressembler, et je le fais comme toi. J'affirme qu'Il entend, qu'Il voit, qu'Il sait, qu'Il veut. Partager un nom n'est pas ressembler. Importer le sens d'organe, si.
Cette ligne entre le nom partagé et la partie, ce ne sont pas mes mots, ce sont les exemples que le verset a pris. S'il avait voulu enseigner que les mots d'organe s'affirment comme les mots d'acte, il aurait choisi d'étranges exemples pour le dire.
Et ce motif traverse tout le Livre. L'ouïe, la vue, la science, la puissance deviennent Ses Noms. Al-Samīʿ, al-Baṣīr, al-ʿAlīm, al-Qadīr. Yad, wajh, ʿayn, jamais. Nulle part le Coran ne dit « Il est Celui à la main » comme il dit « Il est l'Audient ». Ces mots n'apparaissent que dans des phrases d'action, la création d'Adam, le pacte, la garde, la largesse. Même « sous Nos yeux », que tu pourrais m'opposer, suit la règle, c'est une phrase de protection, jamais un Nom. Le Livre lui-même traite ces deux familles de mots différemment. Je ne pose pas cette différence, je la constate.
Et puisque tu demandes un pont écrit, il en existe un. Pas pour tous les versets, mais il existe. « Les Juifs disent, la main d'Allah est enchaînée... Ses deux mains sont au contraire déployées, Il dépense comme Il veut » (5:64). La main enchaînée, c'est l'avarice, tout arabophone l'entend. Et le texte lui-même déplie les mains déployées en dépense, dans la même phrase. Le même idiome existe ailleurs dans le Livre, appliqué à un homme cette fois. « Ne fais pas de ta main une chose enchaînée à ton cou, et ne l'étends pas non plus totalement » (17:29). Personne n'y lit une consigne anatomique, c'est l'avarice et la prodigalité. Voilà un endroit où le Livre relie le langage de la main à la largesse, explicitement, comme il a relié l'injustice au shirk. Ce registre de yad n'est pas dans ma tête, il est dans le Livre, et des deux côtés, pour Allah et pour l'homme.
Donc ma réponse claire à ta question claire. Le jugement me vient de la langue pour la partie, un membre est une partie par définition. Du verset lui-même pour la ligne, ses exemples sont des noms d'acte. Et du Livre pour le registre, 5:64 et 17:29 parlent la même langue de la main. Est-ce que ça reste un jugement ? Oui. Comme le tien. Là-dessus tu as gagné depuis longtemps et je te l'avais déjà accordé, personne ne lit nu. La seule question encore ouverte entre nous, c'est lequel de nos deux jugements honore le mieux les deux moitiés du verset à la fois. Le tien lit la négation à la lumière du sens concret de yad. Le mien lit yad à la lumière de la négation. Et le verset se termine par al-Samīʿ al-Baṣīr. Il nous entend et nous voit discuter de Lui, ce qui invite à le faire avec soin.
ProuverAqida
Tu viens d'écrire la phrase la plus importante de toute notre discussion : « Est-ce que ça reste un jugement ? Oui. »
C'est pour cela que ça fait trois messages que je pose la même question. Ta réponse était « c'est de la lecture », puis le contexte, puis c'est le Coran par le Coran. Maintenant c'est « oui, c'est un jugement ».
On est d'accord, on ne revient plus dessus. Donc ce jugement, tu le bases sur 3 sources :
- Le dictionnaire.
Tu dis : « Un membre, par définition, est une partie d'un corps. » Oui, pour les créatures, pas nécessairement pour le Créateur.
- Les exemples du verset.
Le verset affirme l'Audient, le Voyant. Toi tu en tires que seuls les noms d'acte s'affirment, pas les mots d'organe.
Mais le verset ne donne aucune règle de ce type.
Prendre deux exemples pour interdire tout le reste, c'est toi qui le déduis, ce n'est écrit nulle part dans le texte.
Et en plus de ça, tu te contredis. Tu poses cette règle en m'écrivant : « L'ouïe, la vue, la science, la puissance deviennent Ses Noms. [...] Yad, wajh, ʿayn, jamais. Le Livre lui-même traite ces deux familles de mots différemment. »
Pourtant, tu m'as aussi écrit : « La science d'Allah, Sa volonté, Sa miséricorde : aucun espace là-dedans, et je les affirme telles quelles, sans interpréter quoi que ce soit. »
Or, pour la volonté, il n'y a aucun Nom coranique. Cite-moi le Nom « Celui qui veut » dans le Coran ? Il n'existe pas.
Si tu respectais vraiment ta règle des deux familles de mots, tu aurais dû interpréter la volonté par une métaphore, exactement comme tu le fais pour yad, puisqu'elle ne devient jamais un Nom. Mais là, tu l'affirmes telle quelle sans interpréter. Quand il s'agit de refuser yad, tu sors ton critère des Noms, mais quand il s'agit de la volonté, tu l'oublies complètement. C'est un deux poids, deux mesures.
- 5:64 et 17:29.
Oui, la main enchaînée c'est l'avarice et la main déployée c'est la générosité.
Mais je t'ai déjà accordé les expressions figées au premier message : « bayna yaday veut dire devant, à disposition, personne n'y voit deux mains. »
Ce que ton pont ne couvre pas, c'est yad hors expression. Regarde le verset que tu proposais toi-même (38:75) : « Ô Iblis, qui t'a empêché de te prosterner devant ce que J'ai créé de Mes deux mains ? »
Aucune expression figée ici. La logique du verset c'est qu'Allah cite cette création par Ses deux mains comme raison pour laquelle Iblis devait se prosterner, ce qui rend son orgueil injustifiable.
Mais si « deux mains » voulait simplement dire « Ma puissance », ce motif disparaîtrait complètement. Iblis aussi a été créé par la puissance d'Allah, les anges aussi, l'univers aussi.
Si c'était le sens du mot, Iblis aurait une réponse toute trouvée : « Mais moi aussi Tu m'as créé par Ta puissance. Qu'a-t-il de plus que moi ? » En lisant « puissance », la spécificité d'Adam s'évapore et le reproche d'Allah perd tout son sens.
Et le plus intéressant, c'est que ton propre verset 5:64 confirme cela.
Regarde la construction du verset : les Juifs attaquent en utilisant l'idiome de l'avarice au singulier : « La main d'Allah est enchaînée. »
Mais la réponse d'Allah ne dit pas « Sa main est déployée », elle passe directement au duel : « Ses deux mains sont déployées. »
Pourtant, quand le Coran utilise l'idiome pour un homme en 17:29, il reste bien au singulier : « Ne fais pas de ta main une chose enchaînée à ton cou. »
Alors pourquoi dire deux mains en 5:64 ? Si c'était juste l'idiome de la générosité qui répond à l'idiome de l'avarice, une seule main suffisait, comme dans l'accusation et comme dans 17:29. Ce « deux », ton explication linguistique ne l'explique pas.
Maintenant ta symétrie : « Aucun de nous deux n'entre dans le texte les mains vides. Je nomme ma règle, tu appelles la tienne suivre le texte. »
Non, car ta règle écarte un sens. Pour écarter, il faut savoir que ce sens est impossible pour Allah. C'est un savoir sur Sa réalité, que tu as essayé de justifier avec tes 3 sources.
Je n'ai rien à écarter. Il affirme, j'affirme. Il nie, je nie. Il ne décrit pas le comment, je ne le décris pas. Je m'arrête où le texte s'arrête. Ça ne demande aucun savoir sur Sa réalité.
Tu dis que ma règle « affirmer au sens premier » n'est pas écrite. Mais suivre un texte n'a jamais eu besoin d'une autorisation du texte.
C'est écarter qui en a besoin. La preuve de cela c'est que pour justifier ton écart, il te faut un dictionnaire, une déduction et deux versets. Moi pour affirmer, il ne me faut rien.
Ta dernière phrase dit que la question restante, c'est lequel de nos deux jugements honore le mieux le verset.
C'est presque ça. La vraie question, c'est qui honore le verset entre ton jugement extérieur et mon absence de jugement.
Majma
Je commence par ton meilleur coup, la volonté, parce qu'il est juste et qu'il mérite mieux qu'une esquive.
Tu as raison : « Celui qui veut » n'est pas un Nom coranique. Si ma règle était « seul ce qui devient un Nom s'affirme », j'aurais un deux poids deux mesures. Mais ce que ton contre-exemple révèle, c'est que j'ai mal énoncé ma ligne, pas qu'elle est fausse. Regarde comment la volonté apparaît dans le Livre : « faʿʿālun li-mā yurīd », Il fait ce qu'Il veut (85:16). Un verbe. Comme Il entend, Il voit, Il sait. La vraie ligne n'est pas Nom ou pas Nom, elle est verbe d'acte ou nom d'organe. Le Coran attribue à Allah des actes, librement, et je les affirme tous comme ils viennent : Il entend, Il voit, Il sait, Il veut. Vouloir est dans la famille des verbes. Que certains de ces actes soient en plus devenus des Noms était un symptôme de cette ligne, pas la ligne elle-même. Il n'y a donc pas deux mesures : j'affirme « Il veut » exactement comme « Il entend », sans interpréter, parce que ce sont des actes. Ce que je ne fais pas, c'est convertir un nom de partie du corps en anatomie divine. Et remarque que yad lui-même n'apparaît que dans des phrases d'acte : créer, dépenser, tenir. Ces actes, je les affirme tous. La seule question entre nous porte sur ce que le nom ajoute au verbe.
Maintenant 38:75, ton meilleur terrain, et je le prends au sérieux. Tu dis : si « de Mes deux mains » voulait dire « Ma puissance », Iblis aurait la réplique toute prête, moi aussi Tu m'as créé par Ta puissance, et le reproche s'effondre. Exact. C'est pourquoi je ne lis pas « puissance » ici. Je lis ce que l'idiome dit dans toutes les langues : de mes propres mains, c'est l'implication personnelle, le soin direct, l'honneur fait à l'ouvrage. Celui qui dit « j'ai bâti cette maison de mes propres mains » ne compte pas ses mains, il dit qu'il s'y est investi lui-même. La spécificité d'Adam ne s'évapore pas, elle est là : un soin particulier, un honneur de fabrication, que le contexte confirme de partout, « J'ai insufflé en lui de Mon esprit », « Il apprit à Adam les noms ». Iblis n'a aucune réplique : ce soin-là, il ne l'a pas reçu. Le reproche tient entier.
Et c'est ton insistance sur le nombre qui va trancher, mais pas dans ton sens. Tu demandes pourquoi 5:64 répond au duel quand l'accusation était au singulier. Bonne question. Pose la suivante : pourquoi Yā-Sīn dit « ce que Nos mains ont fait » au pluriel, aydīnā, pour créer... les bestiaux (36:71) ? Une main dans l'idiome de l'avarice. Deux mains pour Adam. Des mains, au pluriel, pour le bétail. Si ces nombres sont de l'anatomie, il faut choisir : combien de mains, et pourquoi les troupeaux ont-ils droit au pluriel quand Adam n'a que le duel ? Si l'honneur unique d'Adam tient au nombre littéral de mains, les bestiaux le dépassent. Sous la lecture rhétorique, tout s'ordonne sans effort : le singulier de l'idiome, le duel qui surenchérit sur l'insulte (tu dis Sa main liée, Il répond Ses deux mains grandes ouvertes, l'arabe intensifie en doublant, et le verset se glose lui-même dans la même phrase, « Il dépense comme Il veut »), le pluriel de majesté pour l'œuvre. Sous la lecture anatomique, le compte devient incohérent. Le nombre que tu m'opposes est mon meilleur témoin.
Reste ta symétrie refusée, et c'est là que ton propre message te répond. Tu écris, en passant, comme une évidence : « un membre est une partie d'un corps, oui, pour les créatures, pas nécessairement pour le Créateur ». Arrête-toi sur cette phrase. Ce « pas nécessairement », d'où vient-il ? Pas du dictionnaire, qui ne connaît que le sens créaturel. Pas d'un verset, aucun ne dit « membre, mais sans être une partie ». C'est un savoir sur Sa réalité, exactement ce que tu me reproches d'avoir. Par ton propre critère, tu viens de faire le geste interdit. Et regarde ce qu'il te reste après ce geste : un membre qui n'est pas une partie d'un corps, ce n'est plus le sens du dictionnaire, c'est un sens modifié. Donc toi non plus tu n'affirmes pas le sens premier. Tu affirmes le mot, amputé de son implication. Moi j'écarte l'organe, toi tu écartes la partie. Chacun de nous garde quelque chose du mot et en retranche autre chose. Le même pas, dans deux directions.
Quant à « affirmer ne demande rien », c'est vrai pour un mot qui n'a qu'un sens. Pour un mot qui en a plusieurs, affirmer, c'est choisir. « Je m'arrête où le texte s'arrête » suppose de savoir où le texte s'arrête, et pour un mot polysémique, cette frontière n'est pas donnée, elle est jugée. Il n'existe pas de lecture sans jugement. Il existe des jugements avoués et des jugements qui s'ignorent. Le mien, je te l'ai donné avec ses trois sources, et tu as raison qu'il en faut trois. Le tien tient en une incise de ton message, « pas nécessairement pour le Créateur », posée sans source parce que tu ne la vois plus comme un jugement.
Alors ta dernière question, jugement extérieur contre absence de jugement, est mal posée, et je crois que tu le sais maintenant. Il n'y a pas d'absence de jugement dans cette discussion. Il y a deux hommes devant le même verset, portés par le même tanzīh, dont l'un compte ses prémisses et l'autre vient d'écrire la sienne entre deux virgules.
ProuverAqida
Je reprends tes points.
- Ta ligne : verbe d'acte contre nom d'organe.
Elle est écrite où dans le Coran ? Il y a deux messages tu m'as écrit : « Le jugement qui sépare yad de l'ouïe n'est écrit nulle part comme une règle. Je te l'accorde entièrement. »
Verbe d'acte contre nom d'organe, c'est ce jugement. Mieux énoncé, d'accord. Mais mieux énoncer un jugement ne l'écrit pas dans le Coran.
Chez l'homme, entendre demande une oreille.
Tu affirmes qu'Allah entend, sans oreille, sans demander comment. Et tu as raison de le faire.
C'est exactement ce que je fais avec yad.
Tu vas me dire que l'oreille c'est le comment, et que la partie c'est le sens. Qui décide ? Toi.
Ta ligne ne sépare pas deux familles de mots. Elle sépare l'endroit où tu acceptes de ne pas savoir, et l'endroit où tu refuses.
Tu dis aussi : « La seule question entre nous porte sur ce que le nom ajoute au verbe ».
Alors pourquoi Allah l'ajoute ? « J'ai créé » suffisait. Il a dit « J'ai créé de Mes deux mains ».
Tu gardes le verbe et tu retires ce qu'Il a ajouté.
- 38:75.
Tu lis « de mes propres mains », le soin direct, l'honneur.
Le verset dit « de Mes deux mains », et l'honneur qui va avec. Je garde tout. Toi tu gardes l'honneur et tu retires les mains.
- Le nombre.
Qui a parlé d'anatomie ? Je ne compte rien et je ne décris rien.
Il dit « Nos mains », je dis « Nos mains ». Il dit « Mes deux mains », je dis « Mes deux mains ». Il dit « Ses deux mains », je dis « Ses deux mains ».
Toi, pour les mêmes versets, il te faut la majesté pour le pluriel, la surenchère sur l'insulte pour le duel de 5:64, un idiome pour le duel de 38:75.
Trois versets, trois explications. Le nombre n'est un problème que pour celui qui doit l'expliquer.
- « Pas nécessairement ».
Tu dis que c'est un savoir sur Sa réalité.
Relis : « pour les créatures, pas nécessairement pour le Créateur ».
Toi tu dis : c'est nécessairement comme ça.
Moi je dis : tu n'as pas montré que c'est nécessairement comme ça.
Si je te dis « il y a nécessairement quelqu'un derrière cette porte » et que tu réponds « pas nécessairement », tu n'as rien dit sur la pièce. Tu as dit que je n'ai rien montré.
Ce n'est pas deux savoirs. C'est un savoir, et une absence de savoir.
Et je n'ai jamais dit « un membre qui n'est pas une partie ». Ça, ce serait décrire.
Tu me donnes deux cases, affirmer l'implication, ou la nier. Il y en a une troisième, je ne sais pas.
Ce n'est pas une prémisse cachée entre deux virgules. C'est ma position depuis le premier message. Je ne connais pas la réalité d'Allah.
- « Il n'existe pas de lecture sans jugement ».
Admettons. Prends ta définition la plus large, que tout est un jugement.
D'accord. Et après ?
Ça ne met pas ta règle dans le Coran. Ça ne rend pas ton dictionnaire valable pour Allah.
Tu me montres que j'aurais le même problème que toi. Tu ne résous pas le tien.
Ma question ne disparaît pas parce que tu me la poses aussi.
Où on en est.
Moi : Allah dit yad, je dis yad. Ce que ça implique pour Lui, je ne le sais pas, et je ne prétends pas le savoir.
Toi : Allah dit yad, et tu dis puissance, largesse, soin direct. Pour ça il te faut un dictionnaire, une règle sur les familles de mots, un idiome pour 5:64, un autre pour 38:75, un pluriel de majesté pour 36:71, et un jugement sur ce qui est impossible pour Allah.
Appelle ça deux jugements si tu veux. Cela ne change pas la liste.
Ton dictionnaire dit ce qu'est une main chez les créatures.
Qu'est-ce qui te dit qu'il vaut aussi pour Allah ?
Majma
Ta dernière question est la bonne. J'y viens, mais d'abord il faut revenir sur ce qui est resté sans réponse.
Les bestiaux. Tu as répondu que tu ne comptes rien et ne décris rien. Ce n'est pas une réponse, c'est un refus du terrain, alors je repose la question autrement. Yā-Sīn dit « Nos mains » pour créer les troupeaux, 38:75 dit « Mes deux mains » pour Adam. Tu répètes les deux fidèlement. Bien. Dis-moi maintenant ce que la différence fait. Pas ce qu'elle est, ce qu'elle fait. Si tu n'en sais rien, ta fidélité au texte s'arrête à l'instant précis où le texte se met à dire quelque chose. Tu n'as pas lu deux versets. Tu en as prononcé deux.
Et c'est le fond de notre désaccord, plus profond que yad. Tu écris : « Allah dit yad, je dis yad. Ce que ça implique pour Lui, je ne le sais pas. » Relis cette phrase. Un mot dont on ignore ce qu'il implique n'est pas un mot qu'on affirme, c'est un mot qu'on répète. Quand tu dis qu'Il entend, tu sais ce que tu affirmes : que rien ne Lui échappe de ce qui se dit. Tu le sais parce que le mot te le dit, en arabe, par le dictionnaire que tu portes sans le nommer. Pour yad, tu as gardé le son et suspendu le sens. Cela a un nom : ce n'est pas affirmer, c'est s'abstenir. L'abstention est licite, parfois sage. Mais on ne peut pas s'abstenir et me reprocher de ne pas affirmer. De nous deux, celui qui n'affirme rien sur yad, c'est toi. Moi j'ai mis quelque chose sur la table : Sa générosité n'est retenue par rien, et le verset se glose lui-même dans la même phrase, « Il dépense comme Il veut ». On peut me le contester. Toi, on ne peut rien te contester, parce que tu n'as rien dit.
Tu demandes pourquoi Il ajoute le nom si le verbe suffisait. Question juste. Mais elle se retourne : pourquoi l'ajouterait-Il pour que tu n'en tires rien ? Il l'ajoute parce que le nom dit ce que le verbe seul ne dit pas, le soin, l'implication personnelle, l'honneur de la fabrication. Cet ajout, je le garde et j'en fais quelque chose. Toi tu le laisses inerte. Ce n'est pas moi qui retire ce qu'Il a ajouté.
Reste ta question. Qu'est-ce qui me dit que le dictionnaire vaut pour Allah ?
Rien. Je ne l'ai jamais prétendu, et ta question repose sur ce renversement. Le dictionnaire ne s'applique pas à Allah. Il ne dit rien de Sa réalité et n'y prétend pas. Il s'applique à Sa parole. Le Coran le dit de lui-même : Nous l'avons fait descendre, un Coran arabe (12:2, 43:3). Arabe, c'est-à-dire une langue humaine, dont les mots veulent dire quelque chose pour ceux à qui ils sont adressés, sans quoi le mot « arabe » dans ces versets ne veut lui-même rien dire. Le dictionnaire n'est pas un savoir que j'importe pour le plaquer sur Lui. Il est la condition pour que Sa parole soit une parole. Retire-le, et il ne reste pas une lecture plus pure. Il ne reste rien. Yad cesse d'être un mot et redevient un bruit.
Alors retourne ta question, elle t'attendait depuis le début. Tu prononces yad. Dans quelle langue ? Si c'est de l'arabe, le dictionnaire est déjà dans ta bouche, et tu lui dois tout ce que tu crois affirmer. Si ce n'est pas de l'arabe, dis-moi ce que tu prononces.
Nous sommes deux hommes devant le même verset. L'un dit ce qu'il y lit et répond de sa lecture, avec des raisons qu'on peut lui opposer. L'autre le prononce et se tient hors d'atteinte, parce qu'il n'a rien dit. Ce n'est pas plus prudent. C'est seulement plus silencieux.
ProuverAqida
Tu m'as répondu « Rien. » à ma question. C'est ta réponse et j'y reviens à la fin.
- Entendre.
Tu écris : « Quand tu dis qu'Il entend, tu sais ce que tu affirmes : que rien ne Lui échappe de ce qui se dit. Tu le sais parce que le mot te le dit, en arabe, par le dictionnaire que tu portes sans le nommer. »
Tu dis dans cette même phrase « rien ne Lui échappe », alors que cette phrase n'est dans aucun dictionnaire.
Le dictionnaire décrit l'ouïe des créatures.
Tu as retiré l'oreille et tu as gardé le sens.
C'est exactement ce que je fais avec yad.
Quand tu le fais, tu appelles ça affirmer. Quand je le fais, tu appelles ça répéter. Double standard.
- Ta règle.
Tu écris : « Un mot dont on ignore ce qu'il implique n'est pas un mot qu'on affirme, c'est un mot qu'on répète. »
Applique-la à yad.
D'après toi, le mot yad implique une partie du corps.
Donc pour affirmer yad, il faut affirmer une partie du corps.
Donc yad implique nécessairement un corps.
C'est ma question de départ. Tu y réponds Oui, sans le dire. Une fois de plus.
- Ce que tu décris n'est pas ma position.
Tu écris : « Pour yad, tu as gardé le son et suspendu le sens. » Et : « L'autre le prononce et se tient hors d'atteinte, parce qu'il n'a rien dit. »
Ma position : Allah dit yad, je dis yad. Ce que ça implique pour Lui, je ne le sais pas, et je ne prétends pas le savoir.
Pour dire que je n'ai rien dit, il faut d'abord dire que le sens de yad, c'est une partie du corps, et que moi je ne l'affirme pas.
Mais ce sens-là, c'est toi qui le poses. Moi je dis le mot qu'Allah a dit.
Donc tu ne juges pas ma position. Tu juges ma position après avoir répondu Oui à ma question.
- Les bestiaux.
Tu veux savoir ce que la différence fait. Je ne le sais pas, et je ne prétends pas le savoir.
Tu appelles ça « un refus du terrain ». Non. Je ne sais pas ce que la différence fait, donc je ne le dis pas.
Toi, tu as une explication pour chacun de ces versets. C'est toi qui as quelque chose à expliquer, pas moi.
- 38:75.
Je t'ai écrit : le verset dit « de Mes deux mains », et l'honneur qui va avec. Je garde les deux, toi tu gardes l'honneur et tu retires les mains.
Tu réponds que c'est moi qui ne garde rien.
Le verset dit deux choses. J'en dis deux. Toi tu en dis une et tu remplaces l'autre par le soin direct.
- Le dictionnaire.
Oui, j'utilise le dictionnaire pour savoir ce qu'un mot veut dire.
Il y a deux messages tu m'as écrit : « Maintenant ta question, d'où me vient le jugement que yad au sens du membre implique un corps. Du dictionnaire. Un membre, par définition, est une partie d'un corps. »
Dans ce message là, ton dictionnaire te disait quelque chose sur Allah. Il te disait que la main d'Allah est une partie d'un corps.
Aujourd'hui tu écris : « Le dictionnaire ne s'applique pas à Allah. Il ne dit rien de Sa réalité et n'y prétend pas. »
Les deux phrases ne peuvent pas être vraies en même temps.
Si le dictionnaire ne dit rien sur Allah, alors il ne t'a jamais dit que Sa main est une partie d'un corps. Ta source tombe.
Si le dictionnaire te dit que Sa main est une partie d'un corps, alors il te dit bien quelque chose sur Allah. Et ma question revient.
Ton dictionnaire te dit ce que le mot veut dire. Il ne dit rien d'Allah, tu viens de l'écrire.
Alors qu'est-ce qui te dit que « yad au sens du membre », c'est impossible pour Allah ?
Majma
Je vais m'arrêter ici, et je te dois une explication honnête sur pourquoi.
Ce n'est pas que ta dernière réponse soit faible. C'est qu'elle m'a fait voir où nous sommes. Tu as montré que ma lecture repose sur un jugement, celui de tenir ensemble yad et « rien n'est semblable à Lui ». J'ai montré que ton abstention en repose un aussi, car si le sens premier s'imposait de lui-même, tu l'affirmerais au lieu de dire je ne sais pas ; quelque chose t'en retient, et ce quelque chose ne vient pas du dictionnaire. Chacun de nous a maintenant mis le doigt sur la prémisse de l'autre. C'est exactement le point où ce débat s'est toujours arrêté.
Car ce n'est pas notre débat. Il a près de mille ans, il porte des noms, taʾwīl d'un côté, tafwīḍ de l'autre, et des hommes plus grands que nous deux l'ont mené avec les mêmes coups que nous venons de rejouer sans le savoir. Dix siècles ne l'ont pas tranché. Dix mails ne le trancheront pas, et je crois que continuer nous ferait seulement répéter, en moins bien, ce que nous avons déjà dit.
Ce que je retiens, c'est que tu m'as obligé à énoncer mes prémisses mieux que je ne l'avais jamais fait, et qu'un désaccord mené à ce niveau de précision vaut mieux que bien des accords.
Le site reste ouvert, et si un jour j'écris sur ce débat lui-même, sur sa structure et sur pourquoi il ne se ferme pas, tu en auras été l'un des artisans.
Qu'Allah nous guide l'un et l'autre vers ce qui est le plus juste.
ProuverAqida
Le sens premier de la main d'Allah implique-t-il nécessairement une réalité corporelle ?
C'est la réponse à cette question qui définit le cadre, et non l'inverse.
Majma
C'est la question de ton premier message, à la lettre. J'y ai répondu trois fois, sous trois angles.
Quand une question revient intacte après cinq réponses, ce n'est plus une question, c'est une position. Et une position, je la respecte, mais on ne dialogue pas avec elle.
ProuverAqida
Répondu trois fois, oui.
Le dictionnaire, tu l'as retiré toi-même. Ta règle, trois versions, écrite nulle part. Et à la fin, « Rien ».
La question ne revient pas intacte. Elle revient sans réponse debout.
Majma
Je ne vais plus répondre point par point. Je vais dire la position une dernière fois, en entier, et ce sera ma part de l'échange.
Allah a parlé. C'est le point de départ de tout, le tien comme le mien. Et Il n'a pas parlé dans une langue à Lui, inaccessible, dont nous attendrions la clef. Il a choisi l'arabe, une langue d'hommes, avec ses mots, ses idiomes, ses manières de dire. Ce choix n'est pas un détail : c'est l'acte même de la révélation. Se faire comprendre. "Un Coran arabe afin que vous compreniez".
Prendre ce choix au sérieux, c'est recevoir les mots comme l'arabe les porte. Quand l'arabe dit de quelqu'un que sa main est grande ouverte, il dit sa générosité. Quand il dit qu'une chose fut faite de ses deux mains, il dit le soin et l'honneur de l'ouvrage. Celui qui entendait ces versets à La Mecque les entendait ainsi, sans effort, parce que sa langue les portait ainsi. Je ne fais rien d'autre. Je lis l'arabe en arabe.
Et le même Livre dit : rien n'est semblable à Lui. Ce verset n'est pas un obstacle que je contourne, il est une instruction de lecture que le texte me donne sur lui-même. Le Livre me tend les deux à la fois, yad et la dissemblance, et me confie la charge de les tenir ensemble. Les tenir ensemble, ce n'est pas en sacrifier un : c'est comprendre que la main dite d'Allah dit vrai, entièrement vrai, de la seule vérité qu'un mot peut porter quand il se dit de Celui à qui rien ne ressemble. La largesse sans limite. Le soin sans intermédiaire. L'acte sans instrument.
Ce que je crois, au fond, c'est que le sens est l'honneur du Livre. Un mot de la révélation n'est pas une pierre qu'on transporte, c'est une lumière qu'on reçoit. Le garder, ce n'est pas le répéter intact et éteint, c'est le laisser éclairer. Toute ma lecture tient dans cette conviction : Allah n'a pas parlé pour être répété, Il a parlé pour être compris. La répétition, les pierres la font. Comprendre est la part du vivant, et c'est pour elle que la parole nous fut adressée plutôt qu'aux montagnes.
Toi, tu gardes le mot et tu suspends le sens, par crainte de dire sur Lui ce qui n'est pas. Cette crainte est belle, je la partage, elle s'appelle le tanzīh et elle nous tient tous les deux. Nous ne différons que sur ce qu'elle commande. Tu crois qu'elle commande le silence sur le sens. Je crois qu'elle commande de chercher le sens qui Lui convient. Ton silence L'honore comme on honore un roi en baissant les yeux. Ma lecture L'honore comme on honore une parole en la comprenant. Ce sont deux révérences. L'histoire leur a donné des noms, et mille ans n'ont pas départagé ceux qui les portaient.
Alors je laisse l'échange ici, non pas faute de réponse, mais parce que ma réponse est maintenant entière. Elle est en ligne, la tienne aussi. Qu'Allah nous compte l'un et l'autre parmi ceux qui écoutent la parole et suivent ce qu'elle a de meilleur.
ProuverAqida
Ce sera aussi mon dernier message.
Au départ, je t'ai demandé comment tu comprenais les Noms et Attributs d'Allah : tu les interprètes, tu les affirmes, tu suspends ?
Tu m'as répondu que c'était la lecture interprétative qui te convainquait le plus, que tu rejoignais les asharis par le raisonnement et non par affiliation, et que si un argument plus solide te montrait autre chose, tu bougerais.
Tu as dit aussi : « Si on garde le sens du mot, on parle de position, donc d'espace. » C'était une réponse donnée depuis ton cadre, comme si tu avais déjà répondu Oui. Et à ce stade, c'était tout à fait normal car je ne t'avais pas encore posé la question.
Puis tu as posé ton dilemme, que reste-t-il du mot une fois le lieu retiré, et tu as nommé toi-même ses deux sorties qui sont l'interprétation et le tafwid. « Refuser les deux en même temps, c'est affirmer un sens qu'on ne peut pas énoncer. Des lettres, pas un sens. » Ces deux sorties sont les cases de ceux qui ont répondu Oui. Pas de souci, je ne t'avais toujours pas posé la question racine.
Je te l'ai alors posée, d'abord sous sa forme générale : le sens premier d'un attribut d'Allah implique-t-il nécessairement une réalité physique ?
Tu as répondu : « ça dépend de l'attribut. La science, non. L'istiwâ, oui » parce que c'est un mot de position, et que « ce n'est pas un préjugé philosophique, c'est de la grammaire ». C'était ta première justification. La grammaire.
J'ai vu que la distinction n'était pas encore claire pour toi, alors je l'ai explicitée :
« Il faut distinguer :
- La position des Gens du Kalam d'après eux-mêmes
- La position des Gens du Kalam vue par les Gens de la Sunnah
- La position des Gens de la Sunnah d'après eux-mêmes
- La position des Gens de la Sunnah vue par les Gens du Kalam
Toi tu fais une critique dans le cadre 4.
Ce que je te dis, c'est que cette critique est valide uniquement dans son cadre. »
Et je t'ai posé la question sous sa forme décisive : le sens premier de la main d'Allah implique-t-il nécessairement une réalité corporelle ?
C'est ça que je t'expliquais en disant que c'est cette réponse qui définit le cadre, et non l'inverse. Tout ce que tu me disais n'avait de valeur que dans ton cadre car tu justifiais ton cadre par ton cadre.
Et comme tu l'as dit toi-même plus tard, on ne prouve pas ces choses au sens strict, on donne des signes qui inclinent, je t'ai proposé un terrain commun, la plausibilité, sans règles que l'autre ne partage pas.
Et je t'ai donné mes raisons pour le Non : je ne considère pas comme plausible qu'Allah ait choisi pour Se décrire des mots dont le sens apparent mène à l'anthropomorphisme, nous obligeant ensuite à les détourner pour éviter de Le faire ressembler aux créatures.
Pour la main, tu n'as pas répondu Oui. Tu n'as pas répondu Non.
Tu disais l'arabe avec le contexte pour trancher et « Ce n'est pas de la philosophie. C'est de la lecture. »
Le français aurait été le problème, « main » ne dit que le membre, mais yad porterait un faisceau de sens, le pouvoir, la faveur, la générosité, le pacte, « disponibles dès l'origine, à égalité ». Donc choisir ne serait pas écarter.
Concrètement, si tous les sens sont égaux dès l'origine, il n'y a plus de sens premier, ma question tombe, et tu n'as jamais à y répondre.
Je t'ai accordé ce qui était vrai, bayna yaday est un idiome, une traduction est déjà un tafsir.
Puis je t'ai opposé le test du mot prononcé seul, dis yad à un arabophone, du deuxième siècle ou d'aujourd'hui, il pense au membre. Les autres sens sont portés par le contexte.
Et j'ai fait mieux, j'ai admis ta version. Admettons l'égalité. Alors à chaque verset, il te faut quelque chose pour trancher entre les sens. Avec quoi tranches-tu ? Tu avais répondu le contexte. Mais le contexte ne tranche jamais seul, « un lion brandissait son épée », tu comprends l'homme courageux parce que tu connais les lions, pas grâce à la grammaire. C'est la connaissance de la réalité de la chose qui permet au contexte de trancher. Et quand le sujet est Allah, ce savoir-là, tu ne l'as pas. Les Asharis et les Chiites, eux, tranchent avec leur preuve de Dieu. Alors je t'ai demandé si toi aussi tu avais une preuve qui te donne la réalité d'Allah. Tu m'as répondu que personne n'a ça, pas même les gens du kalâm. Alors avec quoi tranches-tu ?
Et j'ai anticipé ta réponse : si c'est « Rien ne Lui ressemble », ce verset nie la ressemblance, il ne sélectionne pas les sens. Pour qu'il écarte le sens du membre, il faut d'abord juger que ce sens implique la ressemblance. Et juger ça, c'est déjà répondre Oui.
Tu n'as plus jamais défendu l'égalité.
Le deuxième appui fut le Coran par le Coran.
Ton critère serait le Coran lui-même : « Je lis yad sous rien ne Lui ressemble, comme le Prophète a lu l'injustice sous le verset du shirk. » Tu as longuement défendu ce droit de mettre les versets côte à côte, le tartīl, ses racines, ses lectures anciennes.
Mais ce droit, je ne te l'ai jamais contesté. Ce que je t'ai montré, c'est la différence entre ton exemple et ton usage, quand le Prophète ﷺ a précisé l'injustice par le shirk, le lien était écrit : « le shirk est une injustice immense ». Alors quel verset écrit : « affirmer yad, c'est ressembler » ? Et j'ai lu le verset en entier : « Rien ne Lui ressemble, et Il est l'Audient, le Voyant. » Le même verset qui nie la ressemblance affirme l'ouïe et la vue, qu'on affirme aussi des hommes. Donc d'après lui, partager un attribut n'est pas ressembler, sinon il se contredirait lui-même. Pour que yad soit une ressemblance interdite mais pas l'ouïe, il te faut une règle qui les sépare. Écrite où ?
Tu as répondu, et je le dis à ton honneur, car peu le font au milieu d'un débat : « Oui, le lien entre l'injustice et le shirk était écrit. Non, aucun verset ne dit affirmer yad, c'est ressembler. Le jugement qui sépare yad de l'ouïe n'est écrit nulle part comme une règle. Je te l'accorde entièrement. »
Le troisième appui fut le jugement lui-même, avec ses sources.
« Est-ce que ça reste un jugement ? Oui. Comme le tien. » Tu venais d'avouer le jugement, et dans le même message tu m'en attribuais un : ma règle, affirmer ce qu'Il affirme, ne serait pas écrite non plus. Je t'ai répondu que suivre un texte n'a jamais eu besoin d'une autorisation du texte.
C'est écarter qui en a besoin. La preuve, pour justifier ton écart, il te fallait un dictionnaire, une déduction et deux versets. Moi pour affirmer, il ne me faut rien. Et cette symétrie n'est vraie que dans ton cadre. Elle suppose qu'affirmer un mot, c'est sélectionner un sens, donc écarter les autres, donc juger. Cette thèse, tu peux l'avoir après avoir répondu Oui, pas avant.
Donc à ce moment-là, tu traites ma position comme la traiterait quelqu'un qui a répondu Oui, sans l'avoir dit.
Tu écris Oui à « c'est un jugement », mais jamais Oui à la question racine.
Dans le même message, tu justifiais avec quoi tu jugeais et pourquoi ce serait la bonne manière de juger.
Le dictionnaire : « Un membre, par définition, est une partie d'un corps. » Les exemples du verset : des noms d'acte, pas des organes. Et une règle pour trier : les Noms, l'ouïe, la vue, la science deviennent Ses Noms, yad jamais.
Pourtant, tu m'avais écrit toi-même : « La science d'Allah, Sa volonté, Sa miséricorde [...] je les affirme telles quelles, sans interpréter quoi que ce soit. » Or il n'existe aucun Nom « Celui qui veut » dans le Coran. Si les Noms décidaient de ce qui s'affirme, tu aurais dû interpréter la volonté comme tu interprètes yad. Tu sortais ce critère pour refuser yad, tu l'oubliais pour la volonté.
Tu l'as reconnu : « Tu as raison : « Celui qui veut » n'est pas un Nom coranique. Si ma règle était « seul ce qui devient un Nom s'affirme », j'aurais un deux poids deux mesures. Mais ce que ton contre-exemple révèle, c'est que j'ai mal énoncé ma ligne, pas qu'elle est fausse. » Et tu en as écrit une autre : verbe d'acte contre nom d'organe. Même problème, elle n'est pas plus écrite dans le Coran que la première.
Ton pont écrit, 5:64, la main enchaînée et les mains déployées : je te l'avais accordé avant que tu ne le cites, les expressions figées, dès mon premier message sur yad. Ce qu'il ne couvre pas, c'est yad hors idiome. Je t'ai donné 38:75 : si « de Mes deux mains » voulait dire « Ma puissance », Iblis avait la réplique toute prête, moi aussi Tu m'as créé par Ta puissance, et le reproche d'Allah perdait son sens. Tu as répondu : « Exact. C'est pourquoi je ne lis pas « puissance » ici », et tu as lu le soin, l'honneur de l'ouvrage. Puis tu m'as opposé les bestiaux de 36:71 et leurs mains au pluriel. Je t'ai répondu que je ne compte rien et ne décris rien : Il dit « Nos mains », je dis « Nos mains » ; Il dit « Mes deux mains », je dis « Mes deux mains ». Toi, il te fallait l'idiome pour le singulier, la surenchère pour le duel de 5:64, le soin pour le duel de 38:75, la majesté pour le pluriel de 36:71. Le nombre n'est un problème que pour celui qui doit l'expliquer.
Puis tu as tenté de me trouver, à moi aussi, un savoir caché. Mon « pas nécessairement pour le Créateur » serait un savoir sur Sa réalité. Ta réponse traitait mon « pas nécessairement » comme si j'avais écrit « Non, pas pour le Créateur ». Je t'ai répondu par un exemple, si tu me dis « il y a nécessairement quelqu'un derrière cette porte » et que je réponds « pas nécessairement », je n'ai rien dit sur la pièce, j'ai dit que tu n'as rien montré. Ce n'est pas deux savoirs. C'est un savoir, et une absence de savoir. Tu me donnais deux cases, affirmer l'implication, ou la nier, j'ai nommé la troisième : je ne sais pas. Tu n'es jamais revenu sur la porte.
Et je t'ai posé le parallèle, chez l'homme, entendre demande une oreille. Tu affirmes qu'Allah entend, sans oreille, sans demander comment, et tu as raison de le faire. C'est exactement ce que je fais avec yad. Tu allais me dire que l'oreille, c'est le comment, et que la partie, c'est le sens. Qui décide ? Toi. Ta ligne ne sépare pas deux familles de mots, elle sépare l'endroit où tu acceptes de ne pas savoir de l'endroit où tu refuses.
Ta réponse fut ta règle suivante : « Un mot dont on ignore ce qu'il implique n'est pas un mot qu'on affirme, c'est un mot qu'on répète. » Elle est le cœur de tout, affirmer serait sélectionner. C'est le Oui, écrit autrement. Et en exemple de ce qu'affirmer veut dire, tu as défini l'ouïe : « que rien ne Lui échappe de ce qui se dit ». Cette phrase n'est dans aucun dictionnaire. Le dictionnaire décrit l'ouïe des créatures, avec l'oreille. Tu as retiré l'oreille et gardé un sens, l'opération exacte que tu m'interdis sur yad. Quand tu le fais, ça s'appelle affirmer. Quand je le fais, ça s'appelle répéter.
Quant au dictionnaire, ta source, tu l'as retirée toi-même. Quand je t'ai demandé ce qui te dit qu'il vaut pour Allah, ta réponse fut « Rien », suivie d'une distinction : « Le dictionnaire ne s'applique pas à Allah. Il ne dit rien de Sa réalité et n'y prétend pas. Il s'applique à Sa parole. » Puis tu m'as retourné : « Tu prononces yad. Dans quelle langue ? », et tu as conclu que sans lui, « yad cesse d'être un mot et redevient un bruit ».
Je t'ai répondu oui, j'utilise le dictionnaire pour savoir ce qu'un mot veut dire. Personne n'avait proposé de le retirer.
Et regarde ce que ta distinction établit. Écarter le sens du membre, c'est juger qu'il ne convient pas à Sa réalité. Or tu venais d'écrire que sur Sa réalité, le dictionnaire ne dit rien. Ta source valait donc pour ce que personne ne contestait, la parole. Elle ne valait rien pour ce qui était en question, l'écartement. Le « Rien » reste entier. Quant au « bruit », c'est encore une phrase d'après le Oui, elle suppose qu'affirmer, c'est sélectionner.
À la fin, il restait trois questions.
Ta définition de l'ouïe, qui n'est dans aucun dictionnaire : d'où vient-elle, et pourquoi m'est-elle interdite ?
Ta distinction, si le dictionnaire ne dit rien de Sa réalité, que fondait-il quand tu me le donnais pour source du jugement ?
Et la dernière : qu'est-ce qui te dit que « yad au sens du membre » est impossible pour Allah ?
C'est à ce moment précis que tu as arrêté la discussion, et elles n'ont pas eu de suite.
Ton message d'arrêt disait : « Tu as montré que ma lecture repose sur un jugement, celui de tenir ensemble yad et rien n'est semblable à Lui. » Non, tenir ensemble deux versets, tout le monde le fait, et je ne l'ai jamais contesté. Le jugement que j'ai montré, c'est celui qui se glisse entre les deux, celui qui n'est écrit nulle part, tu l'as dit : « je te l'accorde entièrement ». La suite du message disait : « J'ai montré que ton abstention en repose un aussi », ta première tentative fut le « pas nécessairement », et la porte est restée sans retour. La seconde est arrivée dans le message même qui fermait la discussion. Elle disait : « Chacun de nous a maintenant mis le doigt sur la prémisse de l'autre. » Maintenant ? Alors que depuis le début je t'expliquais les prémisses, les cadres, les questions racines.
Je t'ai reposé la question, seule, pour te faire comprendre que tu jugeais encore depuis ton cadre, celui d'après le Oui : « C'est la réponse à cette question qui définit le cadre, et non l'inverse. » Tu m'as répondu qu'une question qui revient n'est plus une question mais une position. Elle ne revenait pas intacte. Elle revenait sans réponse debout : le premier appui abandonné, le deuxième concédé, le troisième retiré de ta propre main. Et surtout tu n'as fait aucune remarque sur ma phrase qui venait après la question, comme si pour toi le principe du cadre n'était toujours pas clair.
Puis ton dernier message.
Tes exemples, la main grande ouverte, l'ouvrage fait de ses propres mains, sont les idiomes que je t'avais accordés dès mon premier message sur yad. Sur eux, nous n'avons jamais divergé.
« Rien n'est semblable à Lui » y redevient « une instruction de lecture » qui suffit, alors que tu as accordé que le lien n'est écrit nulle part.
On constate aussi que le mot dictionnaire n'y apparaît pas une fois.
Alors voici toute l'histoire. Ces deux positions, ces noms, ce classement, le mot « répéter », les « deux révérences », tout cela est vrai à une condition, avoir répondu Oui à ma question. C'est la compréhension de ceux qui ont répondu Oui. Toi, tu ne l'as jamais écrit. Ton dernier message plaide par la langue, comme si la question était encore ouverte, et me classe, comme si elle était déjà tranchée. Plaider, c'est avant le Oui. Classer, c'est après.
Pourtant, les deux dans le même message, et le Oui nulle part entre les deux.
Pour terminer, voici simplement ma position, celle de quelqu'un qui répond Non à la question racine.
Allah a parlé, et c'est de Sa parole que je tiens ma méthode, pas d'ailleurs. Il affirme, j'affirme. Il nie, je nie. « Rien ne Lui ressemble », et je le dis avec toi. Il ne décrit pas le comment, je ne le décris pas. Allah dit yad, je dis yad, dans Sa langue, avec le sens que Sa langue porte. Ce que ce mot implique pour Sa réalité, je ne le sais pas, et je ne prétends pas le savoir, non par crainte, mais parce que ce savoir ne m'a pas été donné et que je n'ajoute au texte aucune règle qu'il n'énonce pas. Ni preuve de Dieu, ni règle de dictionnaire sur Sa réalité, ni règle qui décide quels attributs s'affirment et lesquels s'interprètent.
Dire que le sens de cette position est vide, on peut le dire après avoir répondu Oui, pas avant.
Qu'Allah nous guide.
Majma
Je ne vais pas reprendre chaque point, car l'essentiel tient en une chose, et je préfère te la dire clairement plutôt que de la disperser.
Tu me demandes avec quoi je tranche, puisque je n'ai pas de savoir sur la réalité d'Allah. Tu as raison sur la prémisse : je n'ai aucun savoir sur ce qu'Il est. Personne ne l'a. Mais ce n'est pas là que je puise, et c'est tout le malentendu entre nous. Je ne tranche pas avec un savoir sur ce qu'Il est. Je tranche avec ce qu'Il m'a dit de ce qu'Il n'est pas.
Car Il a parlé de Lui, aussi, par la négative. « Rien ne Lui ressemble » n'est pas une règle que j'apporte du dehors et que je pose sur le texte : c'est le texte. C'est Sa parole sur Lui-même, et elle m'apprend quelque chose de réel. Non pas ce qu'Il est, mais ce qu'Il n'est pas. Elle ne me donne pas Sa réalité, elle me donne une limite, et cette limite suffit pour lire. Elle me dit qu'aucun sens qui Le ferait ressembler à Sa création ne peut être le sens visé. Je ne comble pas un savoir manquant par de la philosophie. Je reçois le savoir négatif qu'Il a bien voulu me donner, et je lis à sa lumière.
Voilà pourquoi lire yad à travers ce verset n'est pas ajouter au texte. C'est prendre le texte tout entier, celui qui dit yad et celui qui dit la dissemblance, et refuser d'en sacrifier un pour l'autre. Le savoir dont je me sers n'est pas un savoir sur Sa réalité. C'est le savoir de Sa langue, qui me dit ce que le mot porte, et le savoir de Sa dissemblance, qu'Il m'a Lui-même révélée, qui me dit ce que le mot ne peut pas porter. Entre les deux, je ne devine pas : je lis.
Et c'est là que je te retourne, une fois, ta propre question. Toi non plus tu ne dis pas que yad est un membre au sens où nous en avons un. Quelque chose t'en retient. Ce quelque chose, ce n'est pas le dictionnaire, qui ne connaît que le membre. C'est « rien ne Lui ressemble », déjà agissant en toi. Tu te sers donc du même savoir négatif que moi. Simplement, tu t'arrêtes à la porte que ce savoir ouvre, et moi je la franchis, parce que la langue qui a dit le mot dit aussi ce qu'il veut dire. Nous partons du même verset. Tu en tires un silence, j'en tire une lecture. Aucun de nous deux ne part de rien.
Le reste, nos échanges l'ont dit mieux que je ne le résumerais ici. Nous tenons deux voies anciennes, portées avant nous par de plus savants, et que mille ans n'ont pas départagées. Les avoir menées à notre mesure, avec cette rigueur, valait la peine.
Qu'Allah nous guide l'un et l'autre vers ce qu'Il agrée.